PARCOURS

parcours

Etudes de sciences politiques à l’IEP de Grenoble dans les années 80. Etudes d’arts plastiques à la Sorbonne St Charles dans les années 90. Intermittente du spectacle en dessin animé traditionnel et animation 3D dans les années 90 à 2000. Ouverture d’un atelier avec cours et stages de sculpture pour adultes à partir des années 2000. Sculpteure et plasticienne depuis toujours…

La sculpture est pour moi l’occasion d’explorer les paradoxes du réel. Le volume sans volume, le monumental sans poids, le visuel qui échappe au regard, l’effacement, la disparition, les limites du visible…

Je m’aventure dans l’espace avec fil de fer comme d’autres le font avec l’encre sur le papier… Mais je n’ai pas de support. Je tords le fer comme au fil de la plume. Je modèle en trois dimensions et d’un seul jet. Quand c’est un portrait, la même ligne définit à la fois face et profil. Un tracé unique pour tous les axes…

Mes œuvres sont des gestes… Un peu comme le fait Picasso, avec son «crayon lumineux », dans le film de Georges Clouzot. Ils ne s’évanouissent pas dans le noir mais ils gardent, la mémoire de leur émergence.

Mes volumes sont transparents. Les fils se superposent et se mélangent ajoutant à la confusion visuelle, une quantité de perspectives. L’endroit devient l’envers, le plein, le vide et l’œil du spectateur recompose des images à l’infini. Pas de point final, pas de terminaison, pas d’achèvement. L’œuvre cherche son équilibre comme en suspens.

Mes « dessins sculptés » bougent, s’animent et s’entrechoquent. Leur mouvement crée de situations impossibles, des effets inattendus et comiques… Les personnages se traversent, les têtes se brouillent, les situations se contredisent. Leurs ombres portées racontent une nouvelle histoire.

Le dessin en trois dimensions s’est imposé comme l’étape ultime de la disparition du volume et paradoxalement de sa survivance.

Au-delà du volume il y a le tracé ; pas une enveloppe, pas un contour, non. Une ligne solitaire, nue, une rupture comme le tranchant du couteau.

En sculptant au fil de fer, je ne cherche pas une forme aboutie mais une addition spontanée de possibles. Je n’ai recours ni à la soudure ou l’assemblage, ce qui m’oblige à construire  – sans repentir – l’œuvre d’un trait. Et sitôt qu’une forme apparait – une tête, un corps – son interminable déformation commence… Comme si on regardait à travers un kaléidoscope. Un œil devient une cicatrice ;  une oreille une mèche de cheveu ; un doigt, une larme… Les tracés ou les éléments de la sculpture se succèdent de façon éphémère. Le brouillon incohérent n’est jamais loin. Chaque élément perd et retrouve sa signification avec le changement de point de vue. L’œuvre oblige le spectateur à chercher des combinaisons vraisemblables, à organiser la confusion. C’est une matérialisation, non comme tour de passe-passe mais comme une expérience sensorielle et temporelle.

«D’amour, vos beaux yeux, belle Marquise, mourir, me font.»

Comme en calligraphie, il n’est pas de ligne qui ne « défasse » son signe, au fur et à mesure de sa lecture. L’interférence plastique des traits conduit à la perturbation de l’image ainsi créée.

Je regarde mes œuvres comme des phrases sans syntaxe. Les composants de la forme sont interchangeables, comme la place des mots. Ainsi des alliances arbitraires, des configurations sauvages, des chimères surviennent immanquablement… Il s’agit pas tant de questionner les apparences que de déjouer la logique d’une représentation. Ce que Monsieur Jourdain fait avec le langage.

Comme le Bourgeois Gentilhomme, je favorise l’incohérence pour me rapprocher du chaos de la pensée ; de l’état mental d’avant les mots, d’avant la plastique, d’avant l’œuvre. L’état d’indéfinité», dirait Raymond Queneau.

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